« Les mots pour le dire ne sont pas les plus simples ni les plus adéquats… Les mots pour l’écrire sont encore plus subtils et plus nus à la fois. »
Hélène
Des mots pour le dire

Dans une conversation informelle, au plus doux de l’été, en fin de journée, nous étions en train de bavarder, mon jeune ami et moi. Ce n’étaient pas des bavardages. Nous parlions simplement de nous. Notre conversation a, peu à peu, porté sur le sens des mots.

Mon ami partageait avec moi comme il lui était difficile, parfois, de se contenter de dire des sentiments très complexes, très riches, et très nuancés, alors qu’il ne connaissait qu’une seule expression pour les dire. Une toute petite expression…

Il me disait aussi que, comme il n’était pas sûr d’utiliser les bons mots, parfois, il ne disait rien. De peur de ne pas dire suffisamment. Alors, ces petits mots restaient coincés dans sa gorge. En disant cela, il portait ses petites mains de chaque côté de son cou. Son regard semblait désemparé. « Et en plus, ça fait mal, tu sais »… « Et en plus, me disait-il, lorsque je ne peux pas dire ce que je ressens, je pense que la personne ne sait plus si je l’aime ou pas. Peut-être qu’elle aussi, elle pense que je ne l’aime pas ». Ses grands yeux bleus paraissaient habités de tant de doutes !!

Il prit une profonde inspiration…ou un profond soupir et me murmura que les gens devraient apprendre à dire tous les « je t’aime » qu’ils avaient dans la gorge. Mais qu’en plus, il fallait les expliquer pour dire vraiment comment ils étaient ces « Je t’aime ».
Et que plus on les disait, plus on leur donnait de couleurs et plus on devenait léger.

Mon ami avait huit ans. Il m’a dit qu’il m’aimait et m’a expliqué que cela voulait dire qu’il avait du plaisir à parler avec moi et qu’il ressentait que je donnais de l’importance à ce qu’il me disait. Je lui ai dit que je l’aimais et que sa compagnie m’invitait à retrouver en moi une fraîcheur souvent oubliée, celle de mon enfance.

lI a soulevé mon cœur de légèreté. Il m’a donné quelque chose qui l’a allégé. Je lui ai donné  quelque chose qui m’a rendu mes ailes.