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Le sens de l'être
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Il existe quelque chose de plus que l’exigence de répondre à la satisfaction des besoins du quotidien de l’existence dans une vie humaine. Une nécessité de sens. Quelque chose que chacun ressent au plus profond de lui-même comme une possibilité, voire même une promesse d’être. Pas n’importe qui ou n’importe quoi. D’être soi. De faire sens dans le monde.
Je ressens cet appel à être au monde, dans les infinies stimulations qui m’entourent, dans les profondes impulsions qui me poussent à vivre, comme une invitation sans cesse renouvelée à la réalisation de ce désir profond. Et je me rends compte, malgré les années de travail personnel, de sensibilisation, de rencontres, d’émerveillement, qu’il m’arrive parfois de rester sourde à l’invitation. Et, me trouvant à croisée du chemin de nombreuses personnes, recevant leurs partages, je sais que je ne suis pas la seule à être atteinte de cette surdité existentielle.
Comme la plupart, j’ai passé tant et tant d’années de ma vie sur les bancs de l’école, le nez dans des livres remplis de hiéroglyphes indéchiffrables, alors que mon regard était attiré vers un ailleurs plein de vie, de lumière et de jeux et que mes petites jambes me faisaient souffrir de tous les élans retenus. Tant de temps passé à apprendre tant de choses sur tant de choses. Et si peu à apprendre tout simplement à vivre, à écouter l’invitation et à y répondre.
Vivre. Tout un art qui demande une vie. L’art de grandir, de s’exprimer, d’innover, de se transformer, d’aimer, de s’unir à la vie, de s’ouvrir à sa beauté, de s’incliner devant sa grandeur.
Mais quelle école nous propose, en nous en donnant réellement les moyens, de nous initier à cet art ? Quelle pédagogie fait le pari de se fonder sur la connaissance et l’exaltation de notre nature profonde pour en faire le substrat de notre culture ? D’une culture de la vie. Il est intéressant de noter, au passage, que le sens étymologique de « culture » vient, tout comme le mot « culte », du latin « colere », qui veut dire « vénérer ». Quelle école nous propose de vénérer la vie ? De la vénérer, c'est-à-dire de l’aimer : de nous aimer corps et âme en tant qu’expression de la vie.
Ma rencontre avec l’enseignement de Rolando Toro Araneda, amoureux inconditionnel de la vie et ma pratique de la Biodanza, m’ont offert une vision du monde et une perception de moi-même, dans lesquelles j’ai pu progressivement retrouver la sensibilité aux appels, aux invitations de la vie. Et à y répondre. Rolando a su réunir, dans cette proposition que nous appelons aussi la « la danse de la vie », ce qui lui donne vocation d’accompagnement dans l’Art de Vivre. Un accompagnement qui se fait en cohérence avec le contenu de la leçon : vivre pour apprendre la vie ; aimer pour apprendre l’amour ; savourer pour apprendre les goûts ; danser pour apprendre le langage des corps, contempler pour apprendre le langage des cœurs. Etre soi pour se découvrir. Rencontrer l’autre pour le connaître.
La Biodanza est devenue pour moi une école de vie. Sans concessions, sans faux-semblants, sans illusions. Réelle, intensément réelle. Doucement réelle. Passionnément réelle. Vivante. Je n’y vois rien qui pourrait l’assimiler à une fiction ; je ne m’y trouve ni analysée, ni interprétée ; je ne suis contrainte à aucun rituel ou culte. A aucune allégeance. Mais j’y trouve toute ma force à rêver et à œuvrer pour un monde meilleur. Elle est une invitation à réveiller les potentialités de la vie en chacun d’entre nous et entre nous dans chacune de nos relations.
J’aime particulièrement cette notion d’éveil des potentialités innées, qui plonge jusque dans leurs racines biologiques (les processus cellulaires, tissulaires et la réalisation des fonctions organiques) et se prolonge sans discontinuité jusque dans la pleine perception de soi et la pleine conscience du monde. Une conscience émue et vibrante. La manière dont la vivencia (cet état si particulier et en fait si naturel de se sentir avec intensité, absorbé dans l’expérience immédiate, où le temps se dilate dans un présent infini et où l’espace s’ouvre sur un point de l’univers qui le contient tout entier) m'a ouverte à la curiosité de ce qui me relie à tout le vivant, s’avérant bien plus profonde et bien plus puissante que toutes les explications reçues jusqu’alors sur les mystères de la vie. Elle a du même coup ouvert mon désir de compréhension. Voir, sentir, s’émouvoir pour savoir.
Dans cette pédagogie vivencielle – vivre et sentir pour savoir - c’est par la perception de nos propres mouvements internes, de nos émotions et des sensations qu’elles génèrent (selon qu’elles sont plaisantes ou déplaisantes) que nous réapprenons à nous orienter en « référence interne ». D’où, d’ailleurs, la puissance initiatrice de la danse. Ce mouvement qui nous saisit, nous emporte, nous propulse au cœur de ce qu’il y a en nous de plus vivant.
L’expérience d’interdépendance à laquelle elle nous sensibilise et la dimension relationnelle de notre identité qu’elle nous invite à déployer, nous permettent de transposer cette référence interne à l’intérieur d’une réalité plus vaste que notre seule personne à l’échelle d’une communauté vivante – l’espèce humaine comme un tout – et d’une totalité vivante – l’ensemble du vivant.
Les sens ouverts reçoivent l’essence du monde à pleine sensibilité. Le monde s’ouvre en même temps que l’être s’ouvre au monde.
Ce qui commence par un mouvement naturel, une marche, un saut, un jeu, une danse, une étreinte (tous ces mouvements naturels qui sont comme les doigts de la main de l’artiste) se déploie dans une communion avec tout ce qui vit et nous place au cœur d’une vaste trame vivante à laquelle nous participons, tout comme les bactéries, les acides aminés, le fer des étoiles, la lumière des astres, le carbone des coraux, la danse des abeilles…et celle des sphères... et la lueur au fond d’un regard.
Hélène Lévy Benseft
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La Beauté
Si je ne la voyais plus,
Je baisserais mes paupières
Et dans la lumière de mon coeur
Je la chercherais.
Si je ne la sentais plus,
Je plongerais dans le torrent
Et dans les frissons de ma peau
Je la chercherais.
Si je ne l’entendais plus,
Je fredonnerais un air oublié
Et dans la fraîcheur des refrains
Je la chercherais.
Si je ne la goûtais plus,
Je t’offrirais mes lèvres
Et dans la brûlure de tes baisers
Je la chercherais.
Si son parfum ne parvenait plus
A mes narines insensibles,
Dans la terre humide des orages de la nuit
Je la chercherais.
Si la beauté n’était plus là,
Je saurais que mon regard s’est voilé,
Que ma peau s’est endormie,
Que la musique a quitté mon coeur,
Que la saveur a déserté mes jours,
Que les senteurs enivrantes de l’amour se sont évanouies.
Quand je vois la beauté,
C’est par tous mes sens éveillés
Que la vie est en fête
Et m’invite au banquet.
Hélène
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