Pourquoi résister à l’amour ?

Article - Pourquoi résister à l’amour ?

L’élan à se relier, l’écoute, l’ouverture, la compréhension, l’identification, la solidarité, la compassion, la protection, l’empathie : les « universels humains » sont une expression qui rassemble des qualités pouvant résumer l’essence. Ils sont l’âme, l’intime de l’intime, la nature intrinsèque qui se manifeste chez tous les êtres, sans distinction de race, de religion, de crédo politique ou autre, lorsque se déploie leur humanité. Ce sont des qualités qui nous distinguent en tant qu’espèce et qui s’étirent comme l’écheveau évolutif d’un rapport amoureux et sain à la vie.

Aborder tout travail de développement personnel à partir de cet espace – les Universels Humains – implique de toucher à ce que l’être humain a de plus profond, qui le caractérise dans son appartenance à l’espèce et le situe dans la trame de l’extraordinaire diversité du vivant.

La diversité est une dimension indéniable de l’Univers. Lorsque nous persistons à vouloir nous placer au sommet d’une échelle imaginaire au lieu d’entrer dans la circularité spirale du vivant, manifestons-nous une sorte de peur de la diversité ? N’exprimons-nous pas la même peur lorsque nous refusons de reconnaître à quel point l’Autre est notre semblable ? Il est pourtant une pratique du lien qui nous invite à danser cette circularité, non pas pour tourner autour de la diversité dans un évitement permanent, mais pour nous y intégrer. Pour retrouver la force évolutive à l’œuvre dans l’épiphanie de la rencontre avec la différence. Pour vibrer dans la révélation du divin sur un visage humain. Dans son regard, dans son sourire, dans sa luminosité amoureuse.

Car l’ouverture à la diversité nous lance à la rencontre du dépouillement et de la révélation. Celle qui nous dénude en vérité et nous permet de percevoir, dans les profondeurs de nos frémissements émus, que c’est dans cette absolue nudité des âmes que se révèle l’essence des êtres, au-delà de leur apparence.

Le mystère de la connaissance de l’universel en soi, c’est au cœur même de soi qu’il se trouve. De soi et de l’autre en soi. C’est ce qui peut nous rendre à la fois indéfinissables et infinis.

Ce n’est pas si aisé, car la distance entre notre liberté et notre nécessité nous oblige à un grand écart permanent. Pris que nous sommes entre nos besoins immédiats et incontournables et nos aspirations, nos rêves, nos possibles, nos utopies, nous cherchons le sens.

Une part de nous-mêmes a besoin de s’orienter à partir de l’instinct de l’espèce à laquelle nous appartenons et, dans ce sens, nous ne pouvons dénaturer la sagesse cosmique qui s’exprime à travers un savoir inné, héritage de notre appartenance.

L’autre part est dotée, par une sorte d’ironie du destin, de la capacité d’altérer ce qui fait sa nature profonde : elle nous donne la liberté de nous égarer en nous séparant de l’ordre cosmique. Liberté terrible que celle de transgresser le sens profond de la vie.

Notre libre arbitre, pour le nommer simplement, notre possibilité de choisir, nous font parfois prendre des chemins qui nous éloignent du sens auquel nous aspirons pourtant.

Car, lorsque l’intelligence humaine n’est pas nuancée d’humilité, lorsqu’elle n’est pas inspirée par l’affectivité – dans sa dimension la plus élargie – celle qui englobe tout ce qui vit – elle peut donner lieu à tant d’égarements tant individuels et collectifs.

Ce lieu de l’humilité c’est l’intimité avec le vivant. C’est la connaissance vivante de ce qui fait la beauté de la vie. Ce lieu de l’affectivité, c’est le chemin que tracent les voies du « Nous ».

Au cœur même des possibles de ce « Nous », sommeille – encore lui – l’instinct qui relie entre eux les membres de notre espèce et celle-ci à l’ordre cosmique. L’ordre cosmique dont il s’agit ici n’est ni une croyance, ni une religion, ni une sorte de culte préhistorique de quelque nature que ce soit. Il est l’expression des forces créatrices et évolutives de la vie au cœur mêmes des processus qui permettent à deux cellules de donner naissance à un être unique et entier, capable d’évoluer, de se relier, de se penser lui-même et de penser le monde.

Mais plus, il est l’expression des forces de reconnaissance au sein même de l’espèce œuvrant en faveur d’une union totale et solidaire, une union de tous, à cet ordre cosmique. Là est le Nous. Ensemble, pour la vie.

Mais comment parvenir à l’expression si nécessaire des Universels Humains, dans une civilisation si malade qu’elle a mis au monde une culture de l’aliénation et de la mort, dans un processus que Rolando Toro Araneda nomme, avec une sorte d’amère ironie, de « nécrophilie sophistiquée » ?

Aujourd’hui, à moins de souffrir d’autisme conceptuel et de défaut pathologique de la perception historique, la plupart des thérapies invitent à un chemin évolutif, à un chemin de transformation qui part du besoin de lien, de l’importance de la qualité des relations et de la reconnaissance du besoin d’aimer. Le pouvoir de l’amour est dans toutes les bouches, dans toutes les têtes pensantes, dans tous les cœurs ouverts et lucides. La possibilité d’aimer est la porte qui ouvre sur l’ordre cosmique.

Mais comment ? Comment proposer l’amour comme une force thérapeutique et organisatrice sans tomber dans le religieux, le moral, la doctrine, sans substituer à l’universel, le général et le commun ?

Pour meilleures que soient nos intentions, si nous prenons comme seule base notre expérience du malheur, de la peur, de la répression, de la dépression, de l’angoisse, de la violence, de la colère, nous serons au mieux des révoltés. Au pire, des soumis. La plupart du temps, des guerriers, des bourreaux ou des victimes.

C’est de la part amoureuse, hédoniste, généreuse, osée, créatrice, voluptueuse, enthousiaste, tendre, imaginative, puissante, protectrice et visionnaire de nous mêmes que peuvent surgir les réponses à l’appel en nous, de la vie.

Quelles que soient la force ou la fragilité de l’individu et de l’espèce, c’est de leur part de lumière que peut s’orienter la progression vers leur propre expansion. C’est de notre pratique assidue d’une empathie positive. C’est-à-dire de notre capacité à nous réjouir de la présence de nos semblables dans notre monde. A célébrer leur beauté, leur bonheur, leurs joies, leurs réussites, tout ce qui sied si bien à la vie.

C’est le grand pari que fait la Biodanza®. Un pari innovateur. Un pari fou, peut-être. Mais, dans cette folie planétaire où prévaut le tout pour le tout, ne serait-il pas tout aussi insensé de ne pas tenter la folie de la joie, du bonheur, du plaisir, de la solidarité, de l’empathie : la folie de l’amour ?

Les fondements précis de la Biodanza® viennent d’un questionnement profond des méthodes que nous avons mises en place dans notre société, pour encadrer le développement de ces potentialités humaines.

Et, sans vouloir réaliser une rétrospective exhaustive des méthodes et objectifs de l’éducation et de l’apprentissage, les initiatives réellement orientées vers la vie, vers l’épanouissement individuel et collectif, vers l’amour de la nature et l’affectivité comme étant les valeurs à transmettre, se comptent sur les doigts d’une main dans notre société. Celles qui ont prévalu ont d’autres valeurs, plus proches de la sécheresse qu’engendre le refus de la différence, de la richesse foisonnante, de la fécondité que génère la reconnaissance du multiple. Bien éloignées de ce que nous posons à partir d’une vision biocentrique du monde.

Pour cela, la Biodanza® propose un chemin de la connaissance qui passe par le vécu. Un vécu total, ému, actif, participatif, en constante transformation. Elle propose de passer par la vivencia : par l’expérience induite par la musique, en tant qu’expression du génie humain, lui-même expression du génie universel. Une expérience qui est pure émotion musicale et danse, en totale syntonie avec nos élans les plus profonds de vie. Une expérience qui nous propulse, des racines instinctives de notre espèce vers leur déploiement.

La musique et sa réponse corporelle – la danse – nous permettent l’accès à des niveaux très profonds de nous mêmes, où nous nous rencontrons dans notre totalité : agissant, sentant, percevant et pensant. Dans un alignement et une complexité que le langage parlé ne parvient à saisir, ne parvient à traduire. Comme l’écume ne peut traduire la profondeur de la vague. Ni son origine et ni son devenir.

La danse à laquelle nous invitons, est un réveil du rythme, de la mélodie et de l’harmonie naturelle, vivante des êtres en chemin vers leur humanité. Tels des univers en expansion dans un univers en expansion. Nous ne pénétrons pas les ténèbres. Nous ne nous exposons pas à la lumière artificielle des rampes de la scène. Nous faisons place à l’éclat naturel dont nous sommes porteurs, celui de la lumière qui inonde l’univers dans sa totalité.

La danse de la vie est l’expression même de la transformation en train de s’opérer. Elle est mouvement plein de sens. Elle est un art où tout se place.

Sans détours, nous dansons dans la lumière de ce que nous ressentons, percevons, réalisons. Sans détours, nous mettons en lumière l’essence de chacun. Sans détours, nous démasquons la nature, nous ôtons les œillères. Sans détours, nous contemplons les mues inutiles des masques de la peur et du resserrement de l’ego, pour nous déprendre.

Notre espèce est encore si jeune dans cette aventure vers son humanité. Jeune veut dire, pleine de promesses. Et d’enthousiasme. Mais aussi pleine d’excès et d’impatience. Pleine des illusions de l’absolu. De l’absolu de sa toute puissance.

Si nous n’accédons pas, en tant qu’espèce, à l’étape de la maturité affective, nous risquons notre propre extinction, laissant à ceux qui nous succèderont, l’expression d’un monde en proie à la souffrance et à la destruction. Qui ne seraient que l’expression de notre propre souffrance. De notre propre destruction.

Une telle perspective nous effraie, certes. Et nous en aimerions une autre. Pour cela, nous aurions même tendance à la nier et à porter sur la réalité un regard idéaliste et romantique, sans pour autant risquer de nous compromettre réellement dans un processus de transformation radicale. Radicale voulant dire, ici : des racines de la réalité souffrante. Nous avançons, alors, le regard rivé au sol sous le poids du fatalisme et des « à quoi bon » ou le nez dans les étoiles, nous berçant des « si seulement ». Et nous passons à côté de notre mouvement naturel, de notre puissance, de nos rythmes profonds, de nos élans d’amour, de notre érotisme, de notre sacré.

Le chemin de la transformation vers la maturité humaine, se parcourt à partir de l’union entre l’instinct, l’amour et la conscience. Il nous éloigne de tout a priori, de toute dévalorisation injustifiée de la vie, de toute projection de notre insuffisance sur ce qui nous entoure. Il nous invite à l’émerveillement permanent.

Le chemin que nous dansons, de l’instinct à la conscience de l’autre, à la conscience cosmique, est semblable à un tracé ininterrompu qui relie entre elles toutes les expériences : du bien être personnel au bien être collectif. Se faire du bien fait du bien à tous. Prendre soin de la relation aux autres pour prendre soin de la relation à soi. Offrir l’espace de notre existence à l’expression de nos talents pour enrichir le monde. Agrandir le bien commun, le plus rare de tous les biens.

L’invitation qui nous est faite est d’ouvrir les yeux et d’attendrir les cœurs. D’ouvrir le champ de notre perception pour y laisser entrer la beauté du monde. C’est de cette beauté que peuvent se nourrir les actes que nous posons. C’est cette beauté qui attend de nous que nous disions à nos semblables : Regardes, prends-en soin, tu en fais partie. C’est si beau ! C’est si fragile !

Alors, pourquoi retenir notre élan évolutif ? Pourquoi résister à notre nature ? Pourquoi résister à la danse de l’ordre cosmique en nous ? Pourquoi résister à l’amour ?

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